L’entreprise, une école du mieux vivre ensemble ?

L’entreprise a de plus en plus d’influence sur la société, et pas toujours pour le meilleur. Pourtant en tant que « petite société autonome», elle offre un cadre idéal pour co-construire des relations symbiotiques, où toutes les parties prenantes peuvent y trouver leur compte. En changeant d’objectif, et de méthodes, l’entreprise pourrait devenir un laboratoire du mieux vivre ensemble, et une méthode pédagogique complémentaire.

Que ce soit sous forme d’incubateurs, de junior entreprise, association ou coopérative, voire de cursus spécifiques « entrepreneurs », l’éducation à l’entreprise est en plein développement du lycée aux Grandes Ecoles, en passant par les Universités, sans oublier toutes les formations et tous les accompagnements proposés dans le cadre de réinsertion ou de réorientation professionnelle.

On y apprend à créer, développer et gérer une petite entreprise, avec l’espoir qu’elle devienne grande. Les enseignements sont essentiellement techniques : gestion, marketing, juridique, financements ….

La dimension humaine de cette aventure est souvent oubliée alors qu’elle est centrale pour que cette expérience soit réellement enrichissante. Car une entreprise, vu du côté humain, c’est d’abord et peut-être essentiellement une opportunité d’apprentissages individuel et collectif. Sans ce regard sur l’entreprise, elle risque au contraire de devenir une course en avant génératrice de rapports de force et de mal-être. Si les résultats économiques sont la seule ou la principale boussole de l’entreprise, elle risque de perdre des informations essentielles qui lui permettraient de se développer plus harmonieusement, en répondant aux besoins et aspirations de son éco-système.

Et si l’objectif principal de l’entreprise était d’apprendre ensemble à mieux vivre ensemble ?

Elle a de nombreux atouts spécifiques pour réussir cette noble mission !

Une entreprise, c’est toujours une équipe, voire une communauté. Même si l’entrepreneur est seul, il s’appuie toujours sur un réseau d’experts, des fournisseurs privilégiés et des clients fidèles.

Elle fonctionne particulièrement bien si tout le monde y trouve son compte ; Chacun devrait pouvoir exprimer ses besoins et valoriser ses talents, en tenant compte des besoins des autres, et de ceux de l’organisation.

Les enjeux relationnels et affectifs sont modérés par des règles communes et un objectif commun. Ce cadre de « jeu » pourrait aider chacun à progresser dans ses qualités personnelles et relationnelles avec une pression et des enjeux moins forts que dans les relations familiales.

J’utilise le conditionnel car pour que cela puisse se réaliser, il faudrait non seulement que l’entreprise soit vraiment valorisée comme un terrain d’apprentissage, comme une occasion de co-construire des relations gagnant-gagnant, mais aussi que l’organisation soit repensée pour que cela soit possible :

  • en cultivant et en valorisant la confiance, l’écoute, l’humilité, le courage, l’innovation, l’entraide… plutôt que l’obéissance, le contrôle, l’orgueil, la lâcheté, la violence, la peur…
  • en laissant plus d’autonomie aux acteurs, afin qu’ils puissent apprendre de leurs succès et de leurs erreurs

L’entreprise pourrait alors même devenir un mode d’apprentissage privilégié ; une forme avancée de pédagogie de projet. Les « apprenants » pourraient y mettre en pratique des enseignements théoriques et y développer des savoir-être et faire ensemble qui sont peu enseignés dans les parcours initiaux tels que la communication relationnelle, les dynamiques de groupe, la créativité, l’innovation, l’agilité organisationnelle…
Cela pourrait se concrétiser par des « écoles par l’entreprise » au sein des principaux établissements de formation. Il suffirait de dédier un espace, une équipe d’animation, un statut de portage de projet polyvalent (de type coopérative d’activité et d’emploi). Cela ressemblerait à un incubateur et une pépinière, mais ce qui pousserait, ce seraient des qualités humaines et des savoir-faire pour que l’entreprise puisse vraiment exercer son potentiel de catalyseur et d’accélérateur du changement social.

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