Les supermarchés coopératifs et participatifs, un modèle socio-économique inspirant pour l’économie solidaire ?

Parmi les initiatives pour réinventer l’entreprise, et la mettre au service de la société, je trouve l’essor rapide des initiatives de supermarchés coopératifs impressionnant. On en parle depuis un an ou deux à peine en France, et chaque mois ou presque apparaît un nouveau projet. Les réseaux de la transition citoyenne semblent très bien connectés. L’information d’une nouvelle expérience porteuse d’espoir suscite vite de l’intérêt, et le partage de savoirs et d’expériences facilite l’essaimage des idées : les monnaies locales, les cafés associatifs, l’habitat partagé et les énergies renouvelables citoyennes font partie de ces utopies en marche qui transforment en chemin nos territoires et leurs habitants.

Il me semble que les supermarchés coopératifs ont eux aussi un fort potentiel de développement mais aussi d’inspiration d’autres acteurs par leur modèle socio-économique.

Qu’y a t-il de nouveau dans ces initiatives par rapport aux nombreuses expériences d’économie solidaire ?

Une seule chose … le bénévolat égalitaire et obligatoire. Et ce « petit » changement semble pouvoir générer plusieurs dynamiques vertueuses.

Le bénévolat est largement mobilisé dans l’économie solidaire, c’est même sûrement sa première ressource, mais chacun donne ou pas du temps pour l’organisation et choisit la durée et l’intensité de son d’engagement. Il existe des organisations dans lesquelles il est obligatoire d’être adhérent ou sociétaire pour bénéficier des services ; elles peuvent éventuellement leur accorder un bénéfice financier ou des services complémentaires ; mais très rarement obliger à donner du temps, et encore moins de façon égalitaire.

C’est pourtant ce choix incarné par le supermarché de Brooklyn « Park Slope Food Coop » qui semble lui avoir permis de se développer depuis les années 70 alors que les autres coops créées à l’époque à New York qui avaient renoncé à cette obligation d’être membre pour consommer, et d’être bénévole pour être membre, ont disparu dans les années 80.

Quels sont donc les avantages de ce modèle socio-économique ?

Le principal avantage est selon moi de sortir de l’étau du tout marchand qui oblige à payer des produits de qualité assez chers à cause essentiellement du coût de la main d’oeuvre qui représente une grosse partie du coût des produits et services de qualité.

En obligeant les membres à être bénévoles quelques heures par mois, cela permet de baisser considérablement le coût de distribution, et donc potentiellement le prix de vente, qui se retrouve inférieur de 10 à 30% à celui d’autres enseignes.

D’autre part si le nombre de membres est assez important, cela permet d’augmenter la qualité et la diversité des services proposés.

Cette règle du jeu a d’autres avantages. Elle contribue à rendre la communauté coopérative concrète et vivante. En effet, tous les membres de la communauté sont traités sur un pied d’égalité, et les bénéfices qu’ils retirent de leur participation à cette communauté ne viennent pas de leur consommation mais de leur contribution à la « production ». Cela permet aux membres usagers d’avoir une place importante dans la coopérative et d’être ainsi mieux placés pour contribuer à son amélioration en tant que producteur-consommateur. Cerise sur le gâteau, comme le faire ensemble, encore plus que le discuter ensemble, est un facteur générateur d’interconnaissance, de confiance et donc de potentiel de coopération, le capital social et le potentiel d’intelligence coopérative de l’organisation s’en trouve stimulé, sans négliger la qualité des rencontres et des amitiés que cela peut faciliter.

Cette règle aussi simple que puissante semble ainsi encourager fortement les membres à faire vivre des valeurs fondatrices de l’économie solidaire depuis le début du 19ème siècle :

  • le service exclusif des membres
  • la double qualité usager et ou producteur / associé
  • l’égalité de droit des membres
  • la démocratie d’entreprise (1 personne, 1 voix)

Si les produits choisis sont respectueux de la nature, et que les relations commerciales avec les producteurs sont équitables, ces projets de supermarchés coopératifs et participatifs peuvent devenir une nouvelle pièce de puzzle de la transition écologique et sociale. Ils peuvent aussi inspirer d’autres acteurs pour faire évoluer leur modèle socio-économique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *